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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 10:17

Un débat télévisé ne change pas la donne d’une élection, mais il sert à cristalliser une impression. Un débat sert l’histoire, pas la mémoire des électeurs. Celui qui le gagne est toujours celui qui gagne l’élection… et on ne le sait évidemment qu’après. Ces joutes qui n’en sont pas vraiment ne m’ont jamais passionné. Ce sont des exercices formels, et je préfère les exercices de style. Les deux camps se neutralisent dans un même effort de normalisation, et je préfère la liberté des mises en scène.

Mais puisque beaucoup d’entre vous m’ont demandé de livrer un commentaire sur le débat de mercredi soir dernier qui a opposé Martine Aubry et François Hollande, je dirais ceci :

 

En prévision du second tour, François Hollande formule une réponse à des électeurs dont il pense qu’ils choisiront dimanche « le candidat à l’élection présidentielle, le futur président ».

Martine Aubry formule une réponse à des électeurs dont elle pense qu’ils choisiront dimanche « le candidat qui devra affronter Nicolas Sarkozy pour gagner ».

 

Pour le premier, l’enjeu était de maintenir. Maintenir une avance, une posture indiquée, une présidentialité dont les études d’opinion le créditent assez largement.

Pour la seconde, le défi était de changer. Se mouvoir en attitude et en rhétorique pour démontrer une capacité à s’opposer demain au candidat sortant. Etre et incarner la challenger. Mimer l’affrontement avenir.

 

Or, la valeur se crée dans le mouvement. Le mouvement perturbe, et le candidat qui trace un sillon de référence s’assure la maîtrise de l’agenda : « Qui est le candidat le plus à gauche ? Qui sera le candidat le plus pugnace face à la droite ? », sont les deux questions-étalons que Martine Aubry a imposées pour le second tour de scrutin, certaine que les électeurs choisiront dimanche moins un futur président qu’un candidat face à Nicolas Sarkozy.

Pariant également sur le fait que le vent souffle à gauche cette semaine. Au second tour des primaires, ce n’est pas un échantillon représentatif des Français qui choisira son futur président de gauche, ce sont des sympathisants de gauche qui choisiront leur candidat face à la droite.

 

C’est pour cela que Martine Aubry est sortie ces derniers jours du rôle indiqué. Et c’est grâce à cela qu’elle peut faire campagne face à François Hollande dont la campagne d’avère particulièrement linéaire. De ces deux stratégies, l’une est dans la fonction désirée, l’autre est enfin dans le rôle conquérant. L’une respecte les règles de l’exercice, l’autre s’en affranchit librement. Martine Aubry peut perdre dimanche, mais elle avait le droit de vouloir gagner, au risque d’épuiser la qualité de favori du candidat Hollande.

 

Au-delà du dimanche 16 octobre, le débat de mercredi ne laissera aucune trace. Cela aussi, Martine Aubry le savait en jouant court. Ce que François Hollande a gagné en vision à cette occasion, il l’a perdu en caractère.

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Published by pilhan2012
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