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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 09:39

J’ai suivi avec intérêt et étonnement le débat qu’a lancé la majorité sur la saturation du temps d’antenne par les socialistes lors des primaires citoyennes. Il me rappelle celui qu’avait mené avec succès l’opposition au début du quinquennat Sarkozy pour que le temps de parole du président de la République et de ses collaborateurs soit désormais décompté au même titre que celui de la majorité parlementaire (décision du 21 juillet 2009). Le député (PS) Didier Mathus et Jean-Marc Ayrault étaient alors montés au créneau ; je leur avais alors avoué mon franc désaccord.

De mon temps en effet, je m’y serais résolument opposé : la parole du président, rare et puissante, ne doit pas subir la pesanteur partisane ni l’excitation du temps gouvernemental ou médiatique. Si elle le fait jusqu’à se confondre avec  l’expression politique primaire, c’est qu’elle n’est plus ce qu’elle devrait être. Cette différence d’origine, constitutionnelle, devait autrefois lui donner sa valeur.

 

Le 19 octobre dernier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a en effet rendu public le décompte des temps de parole des différents groupes politiques au cours du troisième trimestre 2011. Il en ressort notamment une très forte exposition des socialistes sur les chaînes d’information continue (Itélé, BFM, LCI), et l’obligation pour ces dernières de la compenser au profit de la majorité au cours du dernier trimestre de l’année.

Les uns (l’UMP) se plaignent d’avoir été ostracisés durant les primaires, les autres (les médias audiovisuels) plaident la nécessité de traiter l’information « telle qu’elle est » et, à décharge, la discrétion peu assumée des porte-parole habituels de la majorité.  

 

Cela me surprend à deux titres : c’est la première fois que la droite sous Nicolas Sarkozy s’inquiète du volume de son audience et de sa visibilité. Elle n’a habituellement jamais recours aux calculettes pour conquérir une part de voix, d’influence et d’éditorialisation suffisante. Ou lorsqu’elle le fait, c’est tactiquement pour jouer la victime du système médiatique. Cela s’est avéré assez rare depuis 2007.

Le fait qu’elle réclame aujourd’hui que les médias audiovisuels lui rendent sa monnaie offre un signe visible d’inquiétude à ses adversaires. Les principes qu’avait imposés Nicolas Sarkozy dès 2002 étaient tout autres : imposer dans l’opinion les questions et les réponses, prescrire les bons critères de vote, batailler par la rhétorique. La présence de Nicolas Sarkozy depuis 2002 était autant intellectuelle que physique, autant dans le message (quels que soient ceux qui le portent, y compris ses détracteurs) que dans l’image.

 

Ma deuxième interrogation porte sur l’utilité-même d’un tel crédit de temps de parole à six mois de l’élection présidentielle. Que vont-ils bien pouvoir en faire, aussi tôt dans la campagne ? Je crains que pour cette partie de la représentation politique, qui va souffrir quelques mois du désavantage tactique de n’avoir encore ni candidat ni programme officiel, l’obligation de tenir l’antenne ne produit rien en termes d’opinion. A six mois de l’élection, dans le contexte de candidature du président sortant, l’opinion se cristallise tardivement, sans doute après janvier ou février. Sans porte-parolat ni base rhétorique renouvelée, l’UMP exploitera avec difficulté le temps de parole imparti d’ici au 31 décembre. Je vois mal Henri Guaino, Claude Guéant, Jean-François Copé et Valérie Pécresse tenir à eux-seuls l’antenne pendant trois mois.

Je fais même le pari que cela ne changera rien pour la majorité d’ici là, et qu’en dehors du maigre avantage tactique qu’elle a tiré de cette complainte publique, elle ne gagnera rien à s’exposer pendant les deux mois qui viennent.  Bien au contraire.

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Published by pilhan2012
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commentaires

Monsieur Poireau 31/10/2011 14:23


Pour info on parle de vous ici : http://blogs.lexpress.fr/yes-they-can/2011/10/29/sarkoshow/
:-)


Monsieur Poireau 31/10/2011 10:49


Donc poussons l'UMP sur les plateaux pour qu'elle dépense son temps de parole, multiplions les déclarations des Moranos, Lefebvre et autre qui font très bien le boulot du PS ! :-)