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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:40

L’ami dont je vous ai fait partager les réflexions il y a quelques jours m’a de nouveau écrit hier. Je le soupçonne de vouloir que cette correspondance privée figure sur mon blog… (Je publie donc son message, par adhésion et par amitié.)

 

« Cher Jacques,

 

Parmi d’autres choses prometteuses (pour lui-même et ceux qui le soutiendront), François Hollande a, lors de son discours d’investiture samedi dernier, dessiné les contours d’une méthode éprouvée dans le monde de l’entreprise et que je conseille à certains de mes clients lorsque la situation s’y prête : établir soi-même les critères de sa propre évaluation et les imposer à ceux qui en seront les juges, l’opinion publique ou d’autres parties prenantes.

 

Il n’en est qu’à la surface, il doit préciser son propos, mais il a compris que chaque élément de son projet doit être relié à un résultat possible (y compris quand celui-ci est très ambitieux, il faut bien flatter Montebourg).

Il ne peut promettre la réforme pour la réforme – c’est ce que fait la droite depuis dix ans. C’était ça, la victoire culturelle de la droite : donner l’illusion que les réformes conservatrices étaient avant tout des réformes, donc bonnes par nature. Mais elle l’a tellement fait qu’aujourd’hui on en vient à réformer les réformes et prôner la rupture d’avec la rupture ! C’est comme promettre le changement : changer à 360° c’est tourner en rond !

 

Grâce au soin qu’il va prendre à proposer des solutions et les instruments de mesure de leur succès ou de leur échec, Hollande n’aura que plus de facilité à dénoncer l’absence de résultats du président sortant sur les éléments quantifiables de son projet de 2007 (« travailler plus pour gagner plus », « une France de propriétaires », croissance à 3%, etc.), et de tourner en dérision la promesse globale de 2007, non-évaluable donc aberrante dans la crise : « ensemble tout devient possible ».

 

C’est là une leçon du monde de l’entreprise : on ne fait des progrès que sur ce que l’on peut mesurer. J’en reviens à une méthode éprouvée du conseil aux dirigeants en position de conquête : il leur appartient de bâtir eux-mêmes la grille d’évaluation de leur action. Ils doivent l’imposer, s’y référer sans cesse au cours de leur action ainsi qu’ex post.

C’est pourquoi aujourd’hui je vends mieux l’influence que la publicité. Avec les PR, je vends une méthode. Avec la pub, je vends une promesse qui ne vaut que parce qu’elle est mensongère. Ca commence à se voir…

 

Je crois t’avoir déjà raconté cette anecdote : un illustre client m’avait en 2008 dressé cette comparaison entre Nicolas Sarkozy et Barak Obama : « Sarkozy, c’est l’idéologie de l’action, il faut montrer que l’on fait. Cela aboutit à faire des ronds points, parce qu’il faut faire, sans cesse, et dire que l’on fait. Avec Obama, on a affaire à une méthode : on dit ce que l’on veut construire, et on indique le chemin pour y arriver. »

 

Ce que je veux te dire par là, c’est qu’Hollande peut gagner. Mais que surtout, il peut réussir ensuite.

 

Te rends-tu compte ?!  »

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Published by pilhan2012
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Monsieur Poireau 25/10/2011 00:09


Normalement sur un blog, on publie les commentaires, voire même, si l'occasion se présente, on ouvre le dialogue avec le lecteur !
:-)

J'aime bcp encore cette fois cette analyse de la manière de faire de François Hollande. Je ne l'avais pas remarquée, mais ça me semble juste ! :-)


Catnatt 24/10/2011 12:39


Mouais...

Tout ça c'est très mignon mais que je sache Obama avait, à titre d'exemple, promis la fermeture de Guantanemo, c'est encore ouvert que je sache. Obama fut le père de toutes les espérances
mondiales, son bilan reste mitigé. (remarquez, je lui accorde bien volontiers que la pression était immense mais il a loupé des symboles forts)

Obama a les pieds et les mains liées avec le congrès. J'ose esperer que ça ne sera pas le cas en France...

Par ailleurs, pour l'instant, je trouve le discours de François Hollande assez nébuleux. Et je n'oublie pas qu'il a terminé son discours avec 3 minutes sur une prise d'otage électorale agitant le
spectre de 2002.

Il serait peut-être temps qu'il règle, avec le parti socialiste, cette histoire. Et pas sur le dos des Français de préférence.

Un chef d'entreprise qui s'est cassé la gueule a le bon goût, en général, de ne pas coller cette responsabilité à ses clients. C'est pourtant ce qu'a fait François Hollande en l'espèce.

J'ai écrit à ce sujet, mais je ne mets pas le lien, je ne voudrais pas que l'on croit que je fais de la retape ;)