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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 16:46

Invoquant mes conseils posthumes, les conseillers du président Sarkozy ont cru détenir la clé de sa re-présidentialisation : temps de silence forcé, et voix basse. Ce régime consacre une rupture dans l’habitude communicante de Nicolas Sarkozy depuis les années 1990. C’est dire à quel point l’homme n’y était pas habitué. Invoquant enfin ma mémoire, les commentateurs – ceux qui en 2007 écrivaient « Pilhan est mort, Sarkozy a raison » - ont retourné leur plume et contredit leurs propres thèses trois ans après. Fini le président touche-à-tout, « c’est Pilhan qui a raison ».

Cela procède d’une erreur, qu’avait bien identifiée mon biographe François Bazin : je n’ai prôné le silence qu’en réponse à des conjonctures particulières, tant auprès du président Mitterrand que du président Chirac. Le sens de ma stratégie était bien de créer du désir et de l’attente pour donner tout son sens, son audience et sa force à la parole politique.

Mais n’étant théoricien de rien et acceptant finalement la retraite que m’ont imposée les dieux en 1998, j’ai laissé faire.

 

Nicolas Sarkozy se re-présidentialisant, cela pose un problème de fond : la trace quotidienne que l’homme laisse dans l’opinion devient moins visible. Comme la neige neuve qui recouvre à tout moment l’empreinte de ses pas légers. Or l’instinct resurgit : il faut parler. Il faut donc contre-programmer pour exister.

Le jour du premier débat des candidats aux primaires socialistes, Nicolas Sarkozy a fait le voyage de Benghazi et de Tripoli. Le lendemain, une phrase bien préparée et dite en feignant la spontanéité a moqué le débat de la veille. Troisième cas, le jour d’une grève que certains ont jugé historique – celle des professeurs de l’enseignement public et privé mardi dernier -, le président a fait vibrer son éternelle ironie en opposant les fonctionnaires au statut protégé et les ouvriers exposés à la concurrence internationale.

 

Ces trois cas récents font apparaître une vérité de notre métier : le mépris affiché par une personne d’autorité vaut argument. Il renforce l’intérêt du public pour ce qui est alors négligé, critiqué ou méprisé par le locuteur. On ne voit plus l’homme qui parle, mais ce qu’il désigne.

 

Cela valait du temps où François Mitterrand ne pouvait s’empêcher d’avoir des mots aigres pour son Premier ministre Michel Rocard. Le désir et l’intérêt du public pour Michel Rocard croissaient d’autant. C’est aujourd’hui réciproque. Michel Rocard ne peut s’empêcher d’en vouloir publiquement à François Mitterrand. Il n’en veut donc qu’au chef, se reléguant lui-même dans la position de l’exécutant et de l’inférieur. Il s’impose lui-même cette cruauté. C’est inutile.

 

Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à trouver un équilibre entre son besoin d’être systématiquement au combat et dans le jeu, et la nécessaire solennité qui s’attache à sa fonction.

Plutôt que d’aller en Libye le jour d’un débat politique suivi par les Français, le président aurait gagné à y aller le samedi ou le dimanche suivant. C’est le week-end que les Français s’informent et font le point sur ce qu’il faut collectivement penser d’une semaine politique. Une intervention solennelle, devant les Français, au retour de Libye, aurait eu un impact nettement supérieur, celui d’un chef de guerre et d’un chef d’Etat.

 

Contre-programmer, cela permet souvent de gagner une part de voix qui ne vous était pas naturellement réservée dans les médias. Mais lorsqu’il s’agit du président de la République, cela fait précisément exister ce qu’il voulait cacher. 

Le président achevant son mandat devrait pourtant faire sienne cette règle : exister seul et par soi-même, dans une relation d’autorité aux Français. En contre-programmant frénétiquement, il gâche les espoirs de ceux qui l’imaginaient incarner en 2012 une nouvelle « France unie ».

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Published by pilhan2012
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