L’ami dont je vous ai fait partager les réflexions il y a quelques jours m’a de nouveau écrit hier. Je le soupçonne de vouloir que cette correspondance privée figure sur mon blog… (Je publie donc son message, par adhésion et par amitié.)
« Cher Jacques,
Parmi d’autres choses prometteuses (pour lui-même et ceux qui le soutiendront), François Hollande a, lors de son discours d’investiture samedi dernier, dessiné les contours d’une méthode éprouvée dans le monde de l’entreprise et que je conseille à certains de mes clients lorsque la situation s’y prête : établir soi-même les critères de sa propre évaluation et les imposer à ceux qui en seront les juges, l’opinion publique ou d’autres parties prenantes.
Il n’en est qu’à la surface, il doit préciser son propos, mais il a compris que chaque élément de son projet doit être relié à un résultat possible (y compris quand celui-ci est très ambitieux, il faut bien flatter Montebourg).
Il ne peut promettre la réforme pour la réforme – c’est ce que fait la droite depuis dix ans. C’était ça, la victoire culturelle de la droite : donner l’illusion que les réformes conservatrices étaient avant tout des réformes, donc bonnes par nature. Mais elle l’a tellement fait qu’aujourd’hui on en vient à réformer les réformes et prôner la rupture d’avec la rupture ! C’est comme promettre le changement : changer à 360° c’est tourner en rond !
Grâce au soin qu’il va prendre à proposer des solutions et les instruments de mesure de leur succès ou de leur échec, Hollande n’aura que plus de facilité à dénoncer l’absence de résultats du président sortant sur les éléments quantifiables de son projet de 2007 (« travailler plus pour gagner plus », « une France de propriétaires », croissance à 3%, etc.), et de tourner en dérision la promesse globale de 2007, non-évaluable donc aberrante dans la crise : « ensemble tout devient possible ».
C’est là une leçon du monde de l’entreprise : on ne fait des progrès que sur ce que l’on peut mesurer. J’en reviens à une méthode éprouvée du conseil aux dirigeants en position de conquête : il leur appartient de bâtir eux-mêmes la grille d’évaluation de leur action. Ils doivent l’imposer, s’y référer sans cesse au cours de leur action ainsi qu’ex post.
C’est pourquoi aujourd’hui je vends mieux l’influence que la publicité. Avec les PR, je vends une méthode. Avec la pub, je vends une promesse qui ne vaut que parce qu’elle est mensongère. Ca commence à se voir…
Je crois t’avoir déjà raconté cette anecdote : un illustre client m’avait en 2008 dressé cette comparaison entre Nicolas Sarkozy et Barak Obama : « Sarkozy, c’est l’idéologie de l’action, il faut montrer que l’on fait. Cela aboutit à faire des ronds points, parce qu’il faut faire, sans cesse, et dire que l’on fait. Avec Obama, on a affaire à une méthode : on dit ce que l’on veut construire, et on indique le chemin pour y arriver. »
Ce que je veux te dire par là, c’est qu’Hollande peut gagner. Mais que surtout, il peut réussir ensuite.
Te rends-tu compte ?! »