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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 22:06

La « bonne question pour comprendre le vote du premier tour » (mon post de mercredi dernier) a en partie révélé ses effets. Le 9 octobre, un nombre d’électeurs plus important que prévu ont abandonné l’idée d’un vote de confirmation au profit d’un vote idéologique (le choix d’une ligne politique). Le vote d’adhésion massif à Arnaud Montebourg achève de prouver une vérité : lorsque les électeurs aspirent à un changement radical de leur environnement, une élection se gagne dans son camp, pas dans celui d’en face. C’est François Mitterrand en 1981, c’est Nicolas Sarkozy en 2007 et Barack Obama en 2008.

Arnaud Montebourg, en déroulant une campagne de conquête, armée sur une idée matricielle qu’il a déployée dans tous les thèmes de politique publique (la transformation sociale par la démondialisation de la France), a fait une campagne-type : puissance de la ligne politique, écriture médiatique intense, constance.

Manuel Valls, dont le succès est nettement moindre, a fait une campagne similaire à une différence près : il n’a pas été capable de déployer une idée matricielle unique autour de propositions cohérentes. En matière sociale et économique, il a choisi la rigueur. En matière sociétale, le libéralisme. En matière étatique, l’ordre. Sa campagne a incarné une ligne politique clairement identifiée dans le champ politique, mais elle a manqué d’unité.

Ce premier tour confirme notre intuition de la semaine dernière : les Français sollicitent plus la radicalité que la compétence, ils rejettent le système et ses protagonistes habituels, et impriment puissamment dans leur mémoire électorale les grands scrutins récents (notamment le « non » au référendum européen en 2005). Cela se traduira de la même manière l’an prochain à une bien plus grande échelle.

 

Comme je le disais le 5 octobre dernier, François Hollande a choisi de déraciner les vingt derniers jours de sa campagne : ni en conquête, ni en débat, ni en construction de l’agenda, le candidat ne s’est pas laissé la possibilité de banaliser ses concurrents ni d’attirer vers lui tous les suffrages prévus. Il lui manque au final environ ces 8 à 10 points qui devaient l’installer dans une configuration très haute au premier tour. C’est un échec. L’appel au vote utile, et l’assurance de ses lieutenants qui ont préconisé l’abandon du second tour constituent des erreurs stratégiques majeures… et des indices.

Un indice de la faiblesse du candidat Hollande, investi le 16 octobre, face à Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’agira d’entrer en empathie et en ambition avec l’idée que chaque électeur se fait de la France.

Un indice de la peur de confronter son capital initial de voix au rabot de la campagne. Et pourtant, dès fin janvier 2012, les estimations du second tour commenceront à s’équilibrer parfaitement face à Nicolas Sarkozy.

Un indice, au final, de la distorsion entre la temporalité de sa campagne avec celle de Nicolas Sarkozy.

 

On a comparé François Hollande à Edouard Balladur. C’était erroné, car Hollande reste dans la situation du challenger-favori à Sarkozy, et non dans celui de l’installé-favori. Mais l’homme me rappelle Jacques Chirac au lendemain de son premier tour victorieux face à Edouard Balladur en 1995. L’immédiat retrait du candidat et sa volonté se suspendre la campagne m’avaient frappé. Et averti pour la suite.

Pour éviter de perdre cette avance déterminante et s’assurer un second tour de surclassement dimanche prochain, François Hollande devra reprendre la campagne dès lundi. Le drame, tant pour lui que pour l’efficacité générale recherchée dans l’organisation de ces primaires, serait que le candidat victorieux le 16 octobre obtienne moins de 10 points d’avance sur son adversaire. Cette hypothèse se présente nettement ce soir.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 14:25

 

1. LH2, 28 septembre 2011.

2. Vivavoice, 5 octobre 2011.

plan 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 23:11

« Comment vont voter les électeurs des primaires du 9 octobre prochain » est une question plus aisée que « combien seront-ils » ou « qui les gagnera ». C’est d’ailleurs et toujours la seule question utile lorsque l’on conseille un client politique. J’esquisse quelques réponses.

 

Pour les électeurs du 9 octobre, le choix ne se pose pas sur un axe Hollande vs. Aubry, non parce qu’ils sont tous les deux les favoris du premier tour, mais parce qu’ils présentent des différences trop infimes pour que la question d’un vote alternatif de se pose pas.

En l’espèce, Aubry, Royal et Hollande présentent des candidatures neutres politiquement. Ils respectent la ligne du parti, celle du projet proposé quelques mois auparavant. Ils ne peuvent se différencier que sur leur communication analogique, le signifiant : la posture et le ton que chacun emploie fondent leur profil de candidat. En la matière, Ségolène Royal se détache réellement et elle captera plus d’électeurs que les sondages ne le prévoient car elle se distingue sur le ton en gagnant en proximité. Dans le trio Aubry-Hollande-Royal, c’est cette dernière qui banalise les deux premiers et les renvoient à une neutralité trop peu caractérisée.

 

De fait, ces trois candidats-là renvoient le choix d’une ligne politique aux deux autres socialistes, Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Pour les électeurs des primaires qui souhaitent imprimer une ligne politique marquée à leur vote et ainsi teinter le vainqueur – dont ils s’attendent à ce qu’il soit François Hollande -, Montebourg ou Valls sont les deux seuls choix possibles. Eux deux n’ont cessé de tracer un sillon politique net ces derniers mois, l’un en revisitant le vocabulaire de la première gauche, l’autre en raffinant son message social-libéral.

De fait, l’électeur du premier tour ne tranchera pas entre deux favoris mais entre deux utilités de son vote : « je vote parce qu’il faut construire une dynamique collective et signifier mon adhésion à la gauche » (1), ou « je vote pour émettre un choix politique et changer la ligne de la campagne » (2).

 

Quelle est la stratégie qui fonctionnera le mieux dimanche prochain ? Celle, comme toujours, du candidat qui n’aura pas choisi la guerre de tranchée mais qui aura réussi à faire venir ses adversaires sur son champ de bataille. La stratégie de la neutralité détachée et solennelle (François Hollande), et celle de la neutralité spontanée et proche (Martine Aubry) vont échouer. Elles ne vont pas échouer parce qu’elles seraient foncièrement mauvaises, mais parce que les électeurs de gauche, et notamment ceux dont il est aujourd’hui assuré qu’ils voteront dimanche, se déplaceront pour changer les choses. Le désir de changement ne peut s’incarner que dans une ligne politique précise et affutée, quelle qu’elle soit. Ce fut le cas jusqu’en 1981 entre Michel Rocard et François Mitterrand.

Martine Aubry et François Hollande ont commis l’erreur de faire une campagne de second tour. Leur tactique, qui a consisté à s’extraire de la bataille, est erronée. Il devait s’agir pour eux de mener vraiment la bataille, sur le terrain qu’ils auraient choisi.

Les arguments des ralliés à François Hollande sont d’ailleurs significatifs : il est le meilleur pour « fédérer » la gauche et les socialistes. Cela traduit une phobie de la désunion qui est parfaitement étrangère à la foule des sympathisants. Ces sympathisants si perturbés par l’apathie idéologique de la gauche depuis les années 1990 qu’ils souhaitent être guidés, avant d’être rassemblés.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 16:30

J’ai connu Martine Aubry lors du second mandat du président Mitterrand. Je me souviens avoir plusieurs fois proposé son nom lors des remaniements gouvernementaux successifs. Elle appartenait à cette génération qu’a fait progressivement émerger la gauche dans les années 1980 ; une gauche plus gestionnaire que conquérante qui prit cependant d’assaut plusieurs grandes collectivités territoriales. Une gauche plus militante qu’idéologique, que les cercles intellectuels des décennies précédentes ne formaient déjà plus. Une génération immergée dès sa naissance dans la télévision, facilitant ainsi leur appréhension de l’outil.

 

Quelle campagne Martine Aubry a-t-elle menée depuis le 28 juin pour se voir désigner candidate à l’élection présidentielle ?

Martine Aubry a confondu la ligne politique et la posture. Etre une « présidente solide », c’est une posture, pas une ligne politique. Cela s’affirme par des signes (le signifiant : un ton, une image, une voix, une démarche, etc.) et non par le discours (le signifié : les messages, etc.).

Martine Aubry a tenté de faire une campagne de volume plutôt que d’influence. Faire du volume, c’est penser qu’il faut toucher un large public, au même moment, de manière uniforme et sans nuisance pour se faire entendre. Faire une campagne d’influence, c’est faire parler les autres et activer les réseaux, parler message par message pour saturer le temps d’attention disponible, parler pour faire parler et réagir, faire l’agenda et la « une » plutôt qu’une pleine page sous la forme d’une tribune dans « Le Monde » le 15 août.

Martine Aubry est une femme politique « généraliste » ; c’est une marque de maturité et de responsabilité. Elle n’est pas une technicienne, ni une spécialiste. Mais elle n’en a tiré aucun avantage pour imposer dans la campagne le profil-étalon de l’expérience, du savoir-faire et de la vision face à François Hollande. Cela l’a neutralisée sur sa ligne politique, attaquée à gauche par Arnaud Montebourg. Cela l’a banalisée sur la posture, l’idée d’une « présidence normale et morale » étant finalement plus appuyée que celui d’une présidence tout court.

 

Martine Aubry manque donc de différenciation. Cela a fait son succès en novembre 2008 lorsqu’il s’est agi de reprendre contre Ségolène Royal la direction du Parti socialiste avec le soutien d’une coalition si hétéroclite. C’est un net défaut lorsqu’il s’agit de candidater à l’élection présidentielle. Martine Aubry gère son audience comme un capital fini : en perdre le minimum jusqu’à la ligne d’arrivée. Elle rappelle en cela Edouard Balladur en 1994-95, ou François Bayrou après 2007.

Aucun président n’a été élu sous la Cinquième République sans avoir conquis. Cela vaut jusqu’aux primaires pour Martine Aubry. Cela pourrait valoir dès le lendemain pour François Hollande.

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 22:51

Il me revient souvent cette phrase que prononça le président Mitterrand au terme de son second mandat. La gauche, que j’avais alors cessé d’accompagner dans sa conquête politique tant elle peinait à présenter un visage aux Français, « ne trouvait plus les mots ». « C’est inquiétant », insistait François Mitterrand.

A entendre aujourd’hui les principaux orateurs socialistes, je me dis que ces mots de François Mitterrand n’ont pas tout perdu de leur actualité. En définitive, la politique, c’est souvent l’art de trouver les mots.

Ma distance prise avec l’arène, je me permets quelques conseils à l’usage de ceux qui vont défendre, sur les plateaux, la gauche face aux « affaires » de la droite.

 

On ne dit pas « boules puantes », mais « preuves ». Les boules puantes, c’est l’expression de la majorité de droite pour renvoyer l’accusation dans la face des accusateurs : « vous dépréciez le jeu politique en empoisonnant l’opinion ». Les preuves, elles, sont irréfutables, vérifiables, assassines.

 

On ne dit pas « accusations » mais « révélations ». Que font Médiapart dans l’affaire Takieddine et « L’Express » au sujet de la compagne de François Hollande (http://www.lexpress.fr/actualite/politique/la-police-soupconnee-d-enqueter-sur-la-compagne-de-francois-hollande_1036814.html) ? Ils n’accusent pas, ils révèlent des informations.

 

On ne dit pas « contre-vérité », mais « mensonge ». Une contre-vérité, cela laisse encore penser qu’il y a une intention de vérité, mais qu’elle a été déformée. Le mot est cependant globalement incompris, alors que « mensonge » ne laisse personne hors du chemin.

 

On ne dit pas « indigné », car chacun peut légitimement l’être pour tout excès observé, quel qu’en soit le sens. On dit que « la loi est violée », car il vaut mieux renvoyer vers le droit ce que l’opinion a trop tendance à laisser à la morale.

 

On ne dit pas « les impôts des riches seront augmentés », on dit « pour 95% des Français, l’impôt sur le revenu n’augmentera pas ».

 

On ne dit pas « Nicolas Sarkozy n’a pas tenu sa promesse de République irréprochable », on dit « on ne promet pas de respecter la loi. On la respecte ou bien l’on est puni ».

 

On ne dit pas « pourquoi ne l’ont-ils pas fait pendant ces dix dernières années ? », mais « pourquoi voulez-vous qu’ils fassent demain autrement que ce qu’ils ont si mal fait pendant dix ans ? »

 

On ne dit pas « plus personne ne se souvient de Brice Hortefeux », mais « vous vous souvenez de Brice Hortefeux ? ».

 

On ne dit pas « ce président en a trop fait », mais on interroge : « en fin de compte, qu’a-t-il fait ? ».

 

On ne dit pas « j’en appelle au garde des Sceaux », mais « au fait, combien de Français peuvent citer le nom de leur ministre de la Justice et des Libertés ? ».

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 16:46

Invoquant mes conseils posthumes, les conseillers du président Sarkozy ont cru détenir la clé de sa re-présidentialisation : temps de silence forcé, et voix basse. Ce régime consacre une rupture dans l’habitude communicante de Nicolas Sarkozy depuis les années 1990. C’est dire à quel point l’homme n’y était pas habitué. Invoquant enfin ma mémoire, les commentateurs – ceux qui en 2007 écrivaient « Pilhan est mort, Sarkozy a raison » - ont retourné leur plume et contredit leurs propres thèses trois ans après. Fini le président touche-à-tout, « c’est Pilhan qui a raison ».

Cela procède d’une erreur, qu’avait bien identifiée mon biographe François Bazin : je n’ai prôné le silence qu’en réponse à des conjonctures particulières, tant auprès du président Mitterrand que du président Chirac. Le sens de ma stratégie était bien de créer du désir et de l’attente pour donner tout son sens, son audience et sa force à la parole politique.

Mais n’étant théoricien de rien et acceptant finalement la retraite que m’ont imposée les dieux en 1998, j’ai laissé faire.

 

Nicolas Sarkozy se re-présidentialisant, cela pose un problème de fond : la trace quotidienne que l’homme laisse dans l’opinion devient moins visible. Comme la neige neuve qui recouvre à tout moment l’empreinte de ses pas légers. Or l’instinct resurgit : il faut parler. Il faut donc contre-programmer pour exister.

Le jour du premier débat des candidats aux primaires socialistes, Nicolas Sarkozy a fait le voyage de Benghazi et de Tripoli. Le lendemain, une phrase bien préparée et dite en feignant la spontanéité a moqué le débat de la veille. Troisième cas, le jour d’une grève que certains ont jugé historique – celle des professeurs de l’enseignement public et privé mardi dernier -, le président a fait vibrer son éternelle ironie en opposant les fonctionnaires au statut protégé et les ouvriers exposés à la concurrence internationale.

 

Ces trois cas récents font apparaître une vérité de notre métier : le mépris affiché par une personne d’autorité vaut argument. Il renforce l’intérêt du public pour ce qui est alors négligé, critiqué ou méprisé par le locuteur. On ne voit plus l’homme qui parle, mais ce qu’il désigne.

 

Cela valait du temps où François Mitterrand ne pouvait s’empêcher d’avoir des mots aigres pour son Premier ministre Michel Rocard. Le désir et l’intérêt du public pour Michel Rocard croissaient d’autant. C’est aujourd’hui réciproque. Michel Rocard ne peut s’empêcher d’en vouloir publiquement à François Mitterrand. Il n’en veut donc qu’au chef, se reléguant lui-même dans la position de l’exécutant et de l’inférieur. Il s’impose lui-même cette cruauté. C’est inutile.

 

Nicolas Sarkozy n’est pas parvenu à trouver un équilibre entre son besoin d’être systématiquement au combat et dans le jeu, et la nécessaire solennité qui s’attache à sa fonction.

Plutôt que d’aller en Libye le jour d’un débat politique suivi par les Français, le président aurait gagné à y aller le samedi ou le dimanche suivant. C’est le week-end que les Français s’informent et font le point sur ce qu’il faut collectivement penser d’une semaine politique. Une intervention solennelle, devant les Français, au retour de Libye, aurait eu un impact nettement supérieur, celui d’un chef de guerre et d’un chef d’Etat.

 

Contre-programmer, cela permet souvent de gagner une part de voix qui ne vous était pas naturellement réservée dans les médias. Mais lorsqu’il s’agit du président de la République, cela fait précisément exister ce qu’il voulait cacher. 

Le président achevant son mandat devrait pourtant faire sienne cette règle : exister seul et par soi-même, dans une relation d’autorité aux Français. En contre-programmant frénétiquement, il gâche les espoirs de ceux qui l’imaginaient incarner en 2012 une nouvelle « France unie ».

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 17:40

Quelle que soit la couleur de la majorité en 2012, la quatorzième législature sera plurielle. Autour du Parti socialiste ou de l’UMP, le futur chef de gouvernement devra composer avec une coalition de groupes parlementaires, de partis et de courants divers. Une telle situation, à droite comme à gauche, plaide en faveur de la nomination d’un Premier ministre modéré et de conciliation pour commencer la mandature 2012-2017. Cela veut aussi dire que le président élu en mai pourra – et devra – conserver une expression politique forte et partisane, laissant à son Premier ministre le devoir d’associer des partis et des courants divers pour s’offrir une majorité, au moins pendant le premier tiers du quinquennat.

Cela ressemble à 1967 ou aux recompositions de 1974. Cela ressemble aussi et surtout à l’après-juin 1988, que j’ai bien connu. Par comparaison avec Valéry Giscard d’Estaing, il aurait fallu qu’il commence avec Raymond Barre et qu’il finisse avec Jacques Chirac.

 

Mais ce qui frappe après le renouvellement sénatorial de dimanche, c’est que l’UMP se nucléarise. Les « centristes »,  la « droite sociale », la « droite populaire », demain peut-être la « droite rurale » et la « droite urbaine » s’autonomisent et diluent l’existence politique d’un parti qui s’était pourtant construit sur le refus des courants. Au-dessus, ou à côté, le réduit sarkozyste, plus limité que jamais à Nicolas Sarkozy et à une garde rapprochée que les quatre années passées ont fragilisée.

 

Nicolas Sarkozy peut-il reconstruire une majorité après 2012 autour de ces noyaux antagonistes ? Je lis aujourd’hui que la Droite populaire veut vivre sa vie, et que les centristes entendent s’unir hors de l’UMP. Ce processus de désagrégation est bien connu des formations politiques où le vent ne porte plus. Derrière ces mouvements discrets, de palais et d’officines, se dessinent les contours d’une future majorité.

 

Nicolas Sarkozy n’incarnera plus l’UMP, car l’UMP est désertée. En revanche, il sera le candidat trans-courant d’une droite décomposée. S’il est le candidat incontesté de la droite en 2012, il profitera des dispersions internes pour construire autour de sa personnalité et de son propre projet. Cela demandera un travail sur soi dont je doute qu’il soit capable d’ici mai 2012. Il ne sera pas le candidat qui unit, mais au mieux celui qui rassemble.

C’est le président qui écoute et qui pratique l’ouverture à l’intérieur de son camp. D’une certaine manière, s’affranchir de son parti à la manière de François Mitterrand en 1988 est un avantage certain, à la différence près que Nicolas Sarkozy ne profitera pas du surcroît de présidentialité d’un président sortant de cohabitation.

 

Le risque est trop grand que Nicolas Sarkozy n’incarne plus qu’une partie de la droite. Je crois que c’est aussi pour cela qu’il échouera. Il avait réussi à faire voter la gauche, il ne réussira pas à faire voter la droite.

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 18:54

Les communicants ont le fâcheux défaut de s’approprier beaucoup des inventions des autres. L’orgueil du conseiller, qui doit se tenir derrière l’homme qu’il conseille (critère intangible d’efficacité), explique les erreurs commises dans certaines stratégies récentes. 

Nicolas Sarkozy, élu président de la République neuf ans après ma mort, s’est appliqué à faire de ses conseillers des relais médiatiques dont l’inopportune présence a affaibli plutôt qu’elle n’a renforcé la parole présidentielle.

Dominique Strauss-Kahn, qui devait laisser dans l’ombre son ambition française lorsqu’il était Directeur général du FMI, a vu la lumière couvrir ses « conseillers » comme pour entretenir une force de dissuasion nucléaire… qui ne lui a finalement pas permis d’éviter le pire.

Un conseiller n’est pas là pour protéger ou pour dissimuler. Il est d’abord là pour conseiller.

 

Et l’un des conseils que Jacques Séguéla et moi avons donnés à François Mitterrand lors de la campagne de 80-81 fut d’incarner cette formule : « la force tranquille ». En majesté sur les affiches de fin de campagne, « la force tranquille » est une signature rare en communication car elle décrit une attitude, une méthode, un chemin… plutôt qu’un objectif ou une ambition. C’est à la limite du positionnement grotesque (« Un président jeune pour une France moderne », Mitterrand en 1965, ou « Une présidente solide pour une France solidaire », Martine Aubry en 2011), mais cela marque un homme et un ton.

 

Cette expression, ni Jacques Séguéla ni moi ne l’avons inventée. C’est François Mitterrand lui-même. Cela explique sans doute son succès : elle collait à l’homme et au sens qu’il souhaitait donner à son élection. François Mitterrand, mon client d’alors chez RSCG, connaissait l’histoire et les grandes permanences. Il se savait plutôt héritier des rois bâtisseurs que de Lénine. Lui-même nous le dira en ces termes au cours du second septennat. A dire vrai, Mitterrand ne croyait pas aux révolutions. Il l’a montré en mai 1968 à ses dépends.

 

La preuve ? La voici. Lors de la soirée électorale du deuxième tour des élections municipales de mars 1977, François Mitterrand dit « éprouver une sorte de force tranquille en [lui-même], qui est exactement l’expression de ce que représente aujourd’hui la gauche en France, c’est-à-dire la force montante, la force majoritaire » (voir l’extrait à 2:10). Les chroniqueurs et les historiens qui depuis trente ans se trompent savent pourtant qu’il ne fallait pas croire sur paroles mon ancien patron Séguéla … même s’ils ont tout à gagner d’une époque où tous parlent, y compris les conseillers qui ne conseillent vraiment personne.

 

http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/I04202210/francois-mitterrand-annonce-l-arrivee-de-la-gauche-au-pouvoir.fr.html

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 17:30

Traînant hier soir mon corps de fantôme dans les rues de Paris, j’ai découvert les affiches banales et ambitieuses d’Arnaud Montebourg, collées en série sur les murs d’une grande rue du 11è arrondissement. « La Nouvelle France. Arnaud Montebourg 2012 ». Le front et le regard s’avancent et signent l’ambition du candidat aux primaires. Le sourire dit l’envie et la tendresse. C’est réussi. Cela donne un avant-goût de ce que serait sa campagne s’il était désigné le 16 octobre prochain. « Je ne serai pas candidat ? Voyez quand même ce que ça donnerait ». C’est une affiche de premier tour, c’est donc habile pour un candidat qu’on dit marginal par rapport à Martine Aubry ou à François Hollande.

 

« La Nouvelle France » m’a inévitablement rappelé le titre de l’opus que nous avions écrit pour Jacques Chirac en 1994, cet exercice de contre-programmation visionnaire et anti-balladurienne : « Une Nouvelle France. Réflexions 1 ». Pour Jacques Chirac, il s’agissait de se ré-installer dans la course en rejetant la politique du quotidien au profit d’un discours sur les enjeux des années 1990 et 2000. « Une Nouvelle France », c’était aussi désigner la concurrence implicite d’Edouard Balladur (« lui, c’est la France actuelle… ou celle d’hier »). Le pronom indéfini signifiait l’envie d’entrer dans le débat, et de proposer une vision en attendant que nos concurrents d’alors nous rejoignent.

Le cas d’Arnaud Montebourg est différent. Cette signature marque un adoucissement évident, une re-nationalisation du message par rapport à la « démondialisation » dont il s’est fait le héraut, exercice plus politique et nécessairement idéologique. Il retrouve ici une valeur positive, et viole le spectateur en incarnant cette « Nouvelle France » : c’est pour cela qu’il utilise l’article défini.

Ce qui pêche chez Arnaud Montebourg, c’est qu’en dehors de l’identification à sa candidature, cette « Nouvelle France » a peu de chair. En cela, la « France d’après » de Nicolas Sarkozy était plus efficace : l’idée est naturelle (il y a forcément une France de l’après-Chirac) tandis que celle d’Arnaud Montebourg est construite : si la « Nouvelle France » advient, mais alors de quoi sera-t-elle faite ?  Par ailleurs, cette signature d’Arnaud Montebourg ne désigne pas frontalement sa concurrence, qu’elle soit de gauche ou de droite, et c’est une erreur à ce stade de la campagne.

Bref, c’est l’affiche qui vient trop tôt d’un candidat qui ne sera pas candidat. A l’extrême, elle ressemble à celle du vieux Nicolas Miguet.

 

« La Nouvelle France » d’Arnaud Montebourg est gratuite. Mais elle a un mérite : il était devenu rare que la gauche s’approprie l’expression de toute la France. La transition rapide de l’idéologie à la Nation qu’effectue Arnaud Montebourg est, en accéléré, la transition effectuée par la gauche de 1978 à 1988. Cette signature est précipitée, mais elle sera utile, le jour venu. En politique, on risque trop vite de verser de l’ambition à la prétention. Pour éviter cela, Arnaud Montebourg n’a plus d’autre choix que d’être le candidat défait le plus présent dans la campagne des mois à venir.

Chirac_nouvelle-France.jpgMontebourg_nouvelle-France.jpg

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:46

J’aime les sondages. C’est bien connu ! Je viens d’en lire un qui a particulièrement retenu mon attention, un Harris Interactive sur les traits d’image des six candidats à la primaire socialiste (réalisé du 16 au 19 septembre dernier). Partons de l’hypothèse que François Hollande remportera le second tour du 16 octobre prochain. Que manquera-t-il à l’homme pour faire coller sa personnalité à l’histoire que les Français voudront se raconter à eux-mêmes en mai 2012 ?

 

On y lit qu’Hollande « ferait le meilleur professeur » et que c’est à lui qu’une majorité de sondés ferait appel pour « apaiser un conflit ». Il est là, l’homme tranquille, le serein, le normal, l’antithèse du Sarkozy qui avait séduit en 2007. Les Français voulaient la guerre et la tabula rasa, ils avaient donc voté pour l’énergie et le combat permanent. Mais après trois ans d’une crise qui dit trop son nom, ils souhaitent qu’une figure plus rassembleuse, plus protectrice, les aide à affronter la rumeur du monde.

Cela irait parfaitement si François Hollande était déjà président. Or, pour le devenir,  il faut présenter un profil plus allant, nécessairement meurtrier et plus proche du chef que du maître de conférences en politique économique. Regardons de près : celle à qui « on prêterait le plus d’argent » et qui « ferait le meilleur patron d’entreprise » ? Martine Aubry. Martine Aubry c’est l’épargne salariale, lorsque François Hollande est le livret A ou l’obligation d’Etat. Martine Aubry, c’est l’intérêt bien compris des générations qui ont la vie longue et qui travaillent.

 

Celui qui « ferait le meilleur syndicaliste » et que « l’on choisirait comme avocat » ? Arnaud Montebourg. Arnaud Montebourg, c’est le leader, le gueulard, le porte-drapeau, le première-ligne quand François Hollande est encore le premier de la classe.

Celui à qui « on confierait l’organisation de son mariage », qui « serait le meilleur baby-sitter » et avec qui « on partirait en vacances » ? Ségolène Royal. Ségolène Royal est une tante touchante et drôle, on l’emmène avec nous car on sait qu’elle n’oubliera pas un enfant sur l’aire d’autoroute, mais on ne lui laisse pas le volant. 

 

Sitôt désigné, François Hollande aura le tort de tenter la synthèse des idées sans tenter la synthèse des profils psychologiques de ses anciens concurrents. Or, c’est bien sur cela qu’il pêchera. On reprochera bientôt à François Hollande de manquer d’empathie et d’humanité lorsque sa froideur de provincial rigoureux faisait encore hier son succès face à Ségolène Royal et aux jeunes loups. Les primaires auront répondu à leur promesse : présenter un collectif de candidat pour diriger collégialement la France d’après 2012.

Mais François Hollande devra se tailler une personnalité qui réponde à l’envie du moment : une révolution douce, un protectionnisme mi-social mi-nationaliste, et une politique de production plutôt qu’une énième promesse de croissance. Il y a un peu de vérité dans chacun des candidats aux primaires, mais la candidature à l’élection présidentielle n’est pas résevée à un primus inter pares.

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