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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 15:02

Je vous livre les réflexions d’un ami communicant, bien connu de nombreux patrons et responsables politiques qu’il conseille. Son message rappelle justement les exigences de son métier.

 

« Je me suis récemment séparé d’un mauvais consultant dont l’une des poses était de constamment commenter le cours de bourse de son principal client. Ce n’est évidemment pas la cause principale de ma décision, mais c’est là un point essentiel de la vision que j’ai de mon métier : le conseiller doit s’interdire de commenter ce qui est extérieur à son domaine d’influence. Son rôle est d’analyser et d’anticiper. Décrire un présent qui se divise en deux alternatives - ça monte ou ça baisse, n’aide en rien à agir sur les choses, et tend à ajouter de l’angoisse à la situation.

 

Ce travers du consultant ‘corporate’, qui pense légitimer sa démarche auprès d’un dirigeant en la liant au cours de bourse de l’entreprise, est le même que celui du consultant ou du conseiller politique qui ne sait pas aller au-delà des sondages du jour. Quel-est le rôle du conseiller, sinon de conserver rigueur et distance dans sa réflexion pour aider le dirigeant à la décision, que ce soit pour conserver ou pour transformer ?

 

J’ai toujours été friand des analyses d’opinion, mais en les décortiquant, en cherchant ce qui se cache derrière des chiffres parfois biaisés, en les comparant sur des durées longues, et en les exploitant publiquement. Ce travail m’offre une fenêtre sur une forme de vérité, qui me permet bien sûr de dire à mon client ce qui est attendu de lui, mais surtout de l’accompagner dans les décisions à prendre pour convaincre et entraîner. Je dois avouer qu’en ton absence, c’est ce qui a été assez brillamment (et, si j’en crois la presse, coûteusement) réalisé par MM. Buisson et Giacometti auprès de Nicolas Sarkozy.

 

En poussant l’argument, j’ose dire que le rôle d’un grand patron aujourd’hui doit être d’assumer les grands enjeux de son entreprise, en priant pour que cela soit du goût des marchés. Le conseiller est là pour l’aider à identifier le cap et à le tenir, quitte à ostensiblement ignorer le cours de l’action. Je pense la même chose de la relation entre le dirigeant politique et son conseiller qui, comme je l’ai suggéré dans un billet précédent, pourra être tenté de profiter du « pouvoir d’angoisse » qu’il a sur le dirigeant, en dramatisant les enjeux d’un sondage ou d’un article. Plus difficile est la tâche qui consiste à aider le dirigeant à relever la tête et à regarder plus loin. »

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 15:41

C’est Mitterrand que j’ai fait élire, pas Attali.
 
Ceux qui, comme moi, ont eu la chance (et l’énergie) d’approcher et de conseiller à la fois patrons et politiques, savent que sur le long terme, le pire ennemi du leader, c’est son entourage. L’usure du pouvoir n’est rien face à la dissémination du pouvoir et la naissance des intérêts multiples autour du dirigeant. Un dirigeant qu’il faut « couver », « préserver », et qui se retrouve – souvent malgré lui, mis à distance, privé de la mainmise sur son propre discours.
Si François Hollande franchissait à nouveau le seuil de mon bureau parisien (et je l'y attends avec plaisir), je l’interpellerais sur le corset que son entourage lui a d’ores et déjà imposé. Ce corset, c’est celui de la crédibilité économique, qui le contraint à assortir chaque propos d’un « disclaimer », à la manière d’une note de bas de page perpétuelle rappelant son sérieux et son obsession du maintien du triple A de la France.


Quelque chose m’a frappé il y a quelques semaines, lorsque la candidature de DSK s’est évanouie : la presse regorgeait de confidentiels racontant le désespoir des technocrates de Bercy, déboussolés d’avoir perdu leur poulain. Ces inspecteurs des finances (au mieux) ou « simples » énarques (au minimum), erraient comme des âmes en peine, faute d’un candidat réformiste crédible, capable d’améliorer le quotidien des très pauvres tout en donnant les gages nécessaires à Moody’s, S&P, et Fitch.

Ces têtes bien faites et bien pleines ont cependant vite retrouvé plus qu’un cheval sur qui miser, un véritable prototype de la gauche crédible, celle des convictions qui peuvent s’assumer dans les dîners en ville. Ces brillantes personnalités seront sensibles à l’avertissement de Christophe Barbier dans « L’Express » paru ce jour : « Si François Hollande ignore la réalité, la réalité écrasera François Hollande ». Sauf que la réalité est la même pour Nicolas Sarkozy et François Hollande : le triple A ne sera bientôt qu’un bon souvenir et mai 2012 sera le monde d’après.


C’est pourquoi François Hollande commet à mon sens une erreur en conditionnant chacune de ses prises de parole à ce triple A, car il se positionne comme un candidat premier Ministre, un candidat de la situation présente. La bonne notation de la France est un horizon déjà dépassé ; celui qui sera élu en 2012 sera le président des transformations répondant à la crise des Etats.

C’est celui-là, le vrai sujet de François Hollande, n’en déplaise à quelques uns de ses conseillers.

 

L'intuition que je partage avec ceux qui franchissent - encore ! - le seuil de mon bureau est que les Français ne voteront pas l'an prochain pour le représentant d'un ‘Parti pour un progrès modéré dans les limites de la loi', du nom de l'excellent roman de Jaroslav Hasek.

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 17:59

Voici mes premiers conseils au candidat investi au soir du second tour des primaires citoyennes. Admettons que François Hollande les remporte – je ne fais pas là une prédiction mais j’émets une hypothèse - il lui faudra rapidement donner quelques signes nouveaux à l’opinion publique et à son camp.

 

François Hollande ne parlera pas de la semaine. Concentré sur des échanges rapides pendant ces dernières semaines de campagne « interne », il doit désormais se réserver et gérer le temps long d’une campagne de sept mois où il sera en monologue pendant les prochaines semaines, son adversaire Nicolas Sarkozy étant volontairement absent du débat. Le rythme va brutalement changer. Il va laisser de l’espace à ses concurrents de gauche et profiter de ce temps intermédiaire pour interroger ses fondamentaux et sa nécessaire mutation jusqu’au 22 avril 2012.

Créer le désir, se dévoiler progressivement, et incarner ce qu’attendent les électeurs : un président-acteur d’un changement qui les protège.

 

Lundi 17 octobre. Jean-Luc Mélenchon donne une interview le matin-même sur RMC. Interrogé sur la commémoration des événements du 17 octobre 1961, il exclut toute « repentance de l’Etat » mais accuse la droite « de silence et de dissimulation sur les saloperies commises ce soir-là à Paris par Papon et la clique gaulliste » et demande « à ses héritiers des excuses officielles ». Copé réplique sur le thème de « l’offense à l’histoire » et du « sectarisme ».

Bruno le Maire, ministre de l’Agriculture et chargé de la coordination du programme de l’UMP pour 2012, reprend les propos de Xavier Bertrand prononcés dimanche 16 octobre et plaide lui aussi en faveur de « primaires populaires » en 2017.

 

Mardi 18 octobre. François Hollande visite en « privé » avec Bertrand Delanoë l’exposition présentée au musée Carnavalet sur « Le peuple de Paris au XIXè siècle ». Un journaliste du « Nouvel Observateur » qui les accompagne l’interroge sur la polémique du 17 octobre : « La mémoire ne pardonne pas, mais les hommes peuvent pardonner. Si la droite ne le fait pas aujourd’hui, nous le ferons à sa place dès 2012. Les Français doivent regarder leur histoire en face et s’accepter tels qu’ils sont ». Ses propos seront repris en dans l’édition de jeudi 20 de l’hebdomadaire et commentés par Benjamin Stora le samedi suivant dans une tribune à « Libération » : « Le refus politique de la repentance a fait perdre un temps précieux à la France. Il a mis fin à l’intégration républicaine des identités et au creuset que représente l’écriture de l’histoire de France. François Hollande doit reprendre le travail là où d’autres l’ont laissé ».

 

Mercredi 19 octobre. Dans son édito du « Figaro », Ivan Rioufol interroge « Mais au fait, qui est M. Hollande ? », et abat la carte de la synthèse illisible : « Est-il l’obligé de Manuel Valls, héraut de la gauche libérale, ou d’Arnaud Montebourg, le démondialisateur démoagogue ? S’il est un peu plus que le ‘candidat du rien’, il ressemble un peu trop au candidat fourre-tout des lubies socialistes. »

 

Jeudi 20 octobre. François Hollande passe l’après-midi à Lille et est aperçu dans les rues avec Martine Aubry. Claude Bartolone, dans l’édition du « Monde » du jeudi soir, appelle au « sursaut de toute la gauche populaire derrière le candidat qu’elle s’est légitimement donné ».

 

Vendredi 21 octobre. De passage à Rome avec Jérôme Cahuzac pour rencontrer Mario Draghi, successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE, François Hollande fait un crochet d’une heure auprès des Indignés dont les manifestations ont pris un tournant violent samedi 15 octobre. Il n’a pas prévenu les journalistes français qui suivaient son déplacement mais son entrevue spontanée avec les jeunes romains sera évoquée le soir-même sur les sites Internet de « La Repubblica » et du « Manifesto ».

 

Samedi 22 octobre. Daniel Cohn-Bendit, interrogé par la télévision allemande sur la primaire socialiste française, déclare : « En 2012, il faudra bien réfléchir à ne pas bouder les effets d’une candidature de rassemblement dès le premier tour. Je voterais bien Hollande parce que l’idée, c’est bien d’élire un président français, pas un groupe d’eurodéputés ». La plupart des responsables d’Europe Ecologie boudent la fête des socialistes organisée pour sceller l’union après les primaires. Bruno Le Roux, sur ITélé, déclare : « Les Verts n’ont pas le monopole de l’écologie ».

Dimanche 23 octobre. On fait fuiter dans le « Journal du Dimanche » des premières informations sur la constitution de l’équipe de campagne de François Hollande. Ses principes : une équipe resserrée de 8 porte-parole thématiques, 4 hommes et 4 femmes. Autant d’attendus (Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem) que d’inattendus (une prise écologiste et une personnalité issue du monde de l’entreprise).

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 21:31

Une petite récréation en ce week-end de primaires, pour aborder un sujet qui va vous paraître léger, sans mauvais jeu de mots : le poids des candidats. Leur poids physique. J'ai été frappé par le cas de Chris Christie, candidat à la primaire républicaine aux Etats-Unis, qui a jeté l'éponge il y a quelques jours. Son obésité a joué contre lui : impossible pour un pays frappé par le fléau de l'obésité de porter un tel symbole à sa tête.

 

Cela m'amène à François Hollande, qui était loin d'être obèse, certes, mais dont la métamorphose est stupéfiante en à peine deux ans. Deux ans qui coïncident avec sa préparation à la candidature. Incarnation du fond par la forme, capacité d'ascétisme face à une épreuve qui demande tous les sacrifices? Faculté à se restreindre soi-même pour celui qui appelle à des efforts difficiles et à la chasse à la dette?

Alain Juppé, toujours si habile et humain, avait en son temps dénoncé la « mauvaise graisse » dans la fonction publique, lui à qui Chirac reprochait sa sécheresse physique. Là aussi, incarnation du fond par la forme : pour le toujours maigre Juppé, la graisse est une injure. Plus tard, Dominique Voynet déplora la prise de poids inhérente aux fonctions ministérielles. Plus récemment, les portraits de Jean-Pierre Bel débutaient souvent par sa minceur, si tranchante face à son prédécesseur.
Je reviens à Hollande : je ne sais ce qui adviendra dimanche soir, cependant je ne peux que noter le fait que sa perte de poids est aussi un élément utilisé dans son écriture médiatique.

 

Son régime a dû s'accompagner d'une vraie souffrance, les français le savent. Sera-ce un atout au moment de dénoncer le président-enfant, le jouisseur des yachts et du Fouquet's?
Pardonnez-moi, je n'ai pu m'empêcher de redevenir sérieux.

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 10:21

Je reviens, un peu tard, sur la « une » de « Libération » d’hier. Moche, anxiogène, démonstrative donc maladroite. Ces visages émergent de l’obscurité, en écho aux – déjà - terribles photos des candidats au cours des semaines précédentes. Elle est complétée par ce titre que je ne comprends pas : « A vous de jouer ».

Six visages en « une », deux femmes, moyenne d’âge plutôt basse, 30 ou 35 ans. Il est dit dans la légende de « une » « Portraits d’électeurs, hier, à Paris ». Trois sont repris en page 2 : deux architectes et une sociologue, une à Toulouse, une à Paris, un à Bordeaux. Où est la vérité ? Toulouse, Bordeaux, Paris ? Et quelle explication sociologique à cet échantillon (respectable au demeurant, mais susceptible de laisser croire à une primaire « bobo ») ? Sont-ce des amis des journalistes ? Peut-être. Des idéaux-types du votant aux primaires ? Je ne le crois pas.

Inutile d’aller trop loin : deux pages servent à expliquer au lecteur que rien n’est « cristallisé ». J’aurais dû lire un roman, hier.

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 15:36

L'organisation des primaires de gauche agit comme un révélateur auprès de la génération émergente à droite. Constatez-le vous-même dans ces conseils transmis par mon associé à l'une des figures d'avenir de l'UMP. Je copie ce mail sans craindre de révéler de terribles secrets et parce que je suis réapparu pour démystifier notre profession.

 

 
Objet : Dimanche soir !
 
Chère xxx,
Comme évoqué par téléphone, impossible pour toi de suivre les archéos dimanche soir. Oui, si le score est serré il faut mettre en doute la légitimité du désigné. Oui, tu peux taper sur la prise d’otage du candidat par l’extrême-gauche. Mais tu as bien vu la ligne de partage depuis dix jours, je ne crois pas que tu puisses ni rester silencieuse ni suivre la ligne Sarkopé. Tu dois prendre date.

Ce que je te propose :
- On te prépare deux ou trois phrases que l’on donne sous embargo à l’AFP pour intégration dans les premières dépêches. Du type « il faut saluer cette initiative, tout ce qui permet d’associer les citoyens à la vie démocratique est bon à prendre ». + pour cliver un peu : « si je souhaite que ce procédé se généralise, nous veillerons à l’UMP à ce que les primaires n’offrent pas le spectacle de la division tel qu’on le voit ce soir au PS ».
- Compte tenu de la dynamique de report des voix et d’une participation potentiellement en retrait, il faut que tu te prépares à saluer la désignation de Martine. Deux choses : une femme, c’est toujours un bon signe (y’a pas de mal à se faire du bien) / deuxièmement, « elle ne gagne pas contre Hollande, elle gagne contre lui ET tous les autres, qui se sont ralliés. Quel foutoir ! Il y a 3 ans, Royal perdait seule contre tous les autres à la faveur du bourrage des urnes. Quelles perspectives en cas de futur gouvernement ! »

Après tu peux enchaîner sur le fait que les Français sont sensibles à l’équipe. Mais aujourd’hui l’équipe qui joue en première division c’est celle de la majorité, la seule qui a compris les enjeux (je ne te fais pas tout le discours). D’ailleurs si la France gagne son match de rugby contre les Gallois dimanche matin tu peux filer la métaphore.
 
En résumé tu vois ma position : il faut cliver mais surtout prendre date. Tu ne gagneras pas grand-chose à taper (laisse faire les anciens), en revanche il faut que tes propos continuent de faire de toi une candidate naturelle aux primaires de 2016, et que ce seront des primaires de leadership.
Dis-moi si tu veux que j’élabore sur certains points. On se reparle samedi, on aura des tendances plus fines sur le report des voix. Mais dis moi pour l’AFP, ils sont preneurs de verbatims, on doit s’y prendre tôt.
 
Bien à toi
Xxxxx

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 10:17

Un débat télévisé ne change pas la donne d’une élection, mais il sert à cristalliser une impression. Un débat sert l’histoire, pas la mémoire des électeurs. Celui qui le gagne est toujours celui qui gagne l’élection… et on ne le sait évidemment qu’après. Ces joutes qui n’en sont pas vraiment ne m’ont jamais passionné. Ce sont des exercices formels, et je préfère les exercices de style. Les deux camps se neutralisent dans un même effort de normalisation, et je préfère la liberté des mises en scène.

Mais puisque beaucoup d’entre vous m’ont demandé de livrer un commentaire sur le débat de mercredi soir dernier qui a opposé Martine Aubry et François Hollande, je dirais ceci :

 

En prévision du second tour, François Hollande formule une réponse à des électeurs dont il pense qu’ils choisiront dimanche « le candidat à l’élection présidentielle, le futur président ».

Martine Aubry formule une réponse à des électeurs dont elle pense qu’ils choisiront dimanche « le candidat qui devra affronter Nicolas Sarkozy pour gagner ».

 

Pour le premier, l’enjeu était de maintenir. Maintenir une avance, une posture indiquée, une présidentialité dont les études d’opinion le créditent assez largement.

Pour la seconde, le défi était de changer. Se mouvoir en attitude et en rhétorique pour démontrer une capacité à s’opposer demain au candidat sortant. Etre et incarner la challenger. Mimer l’affrontement avenir.

 

Or, la valeur se crée dans le mouvement. Le mouvement perturbe, et le candidat qui trace un sillon de référence s’assure la maîtrise de l’agenda : « Qui est le candidat le plus à gauche ? Qui sera le candidat le plus pugnace face à la droite ? », sont les deux questions-étalons que Martine Aubry a imposées pour le second tour de scrutin, certaine que les électeurs choisiront dimanche moins un futur président qu’un candidat face à Nicolas Sarkozy.

Pariant également sur le fait que le vent souffle à gauche cette semaine. Au second tour des primaires, ce n’est pas un échantillon représentatif des Français qui choisira son futur président de gauche, ce sont des sympathisants de gauche qui choisiront leur candidat face à la droite.

 

C’est pour cela que Martine Aubry est sortie ces derniers jours du rôle indiqué. Et c’est grâce à cela qu’elle peut faire campagne face à François Hollande dont la campagne d’avère particulièrement linéaire. De ces deux stratégies, l’une est dans la fonction désirée, l’autre est enfin dans le rôle conquérant. L’une respecte les règles de l’exercice, l’autre s’en affranchit librement. Martine Aubry peut perdre dimanche, mais elle avait le droit de vouloir gagner, au risque d’épuiser la qualité de favori du candidat Hollande.

 

Au-delà du dimanche 16 octobre, le débat de mercredi ne laissera aucune trace. Cela aussi, Martine Aubry le savait en jouant court. Ce que François Hollande a gagné en vision à cette occasion, il l’a perdu en caractère.

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 18:09

« Moi je ne fais pas de com’ », répète Martine Aubry avec la fierté de celle qui ne se compromet pas. La « com’ », une expression aussi laide et ringarde que « socialos ». Cette posture, Martine Aubry en récolte les fruits auprès du noyau dur des militants. La « com’ », c’est de droite, c’est l’instrument de la manipulation des foules, c’est même, quand on repense aux meetings de Sarkozy en 2006-2007, une mise en scène quasi fascisante. Rendez-vous compte, le son ne grésille pas, le fond n’agresse pas l’œil, et la température est de 21°C !

Il faut souffrir pour être un bon « socialo », il faut rester debout, transpirer, et refuser la « com’ ». Et bien entendu dénoncer publiquement les « media trainings », qui n’ont pour seul défaut que de ne pas être nommés « préparation à l’échange en présence de relais d’opinion ».

 

Cette posture fédère les puristes. Elle n’a qu’une limite : elle est immature et non-professionnelle. J’ai eu l’occasion de donner dans le Débat, en novembre 1995, une partie de la vision que j’avais du métier que j’ai exercé. Retraçant l’histoire de ce métier, j’ai démontré qu’avant moi il était l’apanage de publicitaires exerçant gratuitement pour les dirigeants dont ils géraient les marques. Je ne revendiquai alors que l’invention du plan media pour le dirigeant, son « écriture médiatique ». Est-ce si sale que cela ?

On présente comme un drame le décompte qui est fait du temps de parole de la gauche. Mais que faisons nous du reste des médias, ceux qui mobilisent les électeurs, les médias de proximité que sont d’un côté internet et de l’autre la presse quotidienne régionale ? J’étais connu pour n’élever la voix que rarement, mais je ne décolère pas depuis cet été, durant lequel les deux actions de relations presse de Martine Aubry ont été des tribunes dans le Monde puis dans Les Echos. Qui pensait-elle convaincre ? Qui pensait-elle mobiliser ?

 

Misère d’une communication descendante, verrouillée, sans journaliste, sans intermédiaire, sans lecteur. Bien sûr, il était plus difficile de réaliser une tournée de la PQR, pour que chaque baigneur ait l’occasion de lire les propositions de Martine Aubry le matin, à l’ombre du parasol. Et cela aurait supposé de faire de la « com’ », de se compromettre et –sacrilège !, de séduire.

Séduire 2,5 millions de personnes qui n’ont pas envie de se dire « socialos », 2,5 millions de personnes qui ont simplement envie que la gauche soit majoritaire demain.

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 10:15

Depuis plusieurs posts maintenant, je critique la stratégie empruntée par François Hollande depuis plusieurs semaines qui consiste à ne pas déplaire pour se faire élire. Ne pas déplaire, c’est-à-dire prendre le risque de ne pas plaire. Refuser d’atterrir sur le champ politique, comme si la fonction présidentielle obligeait à la distance. Ne pas se battre, comme si la posture suffisait.

S’il est un media qui permet de rapidement réagir, c’est le web. J’en découvre les usages, et suis surpris du peu d’enthousiasme créatif que le candidat y déploie. Bien qu’étant un néophyte en la matière, je formule 6 conseils à François Hollande pour qu’il fasse rapidement sortir sa campagne web de la torpeur dans laquelle il l’a placée.

Le web politique sert à répliquer, à dupliquer et à affronter des messages furtifs et des tendances d’opinion de fond.

 

Conseil n.1 : Etablir la carte des municipalités de droite qui ont joué l’obstruction anti-démocratique en refusant au Parti socialiste et au Parti radical l’ouverture d’un nombre satisfaisant de bureaux de vote pour y organiser le scrutin des primaires. Certains ont même témoigné. Cela mérite d’être archivé et consulté par le plus grand nombre.

 

Conseil n.2 : Jouer l’humour en publiant chaque soir la « une » idéale du journal conservateur du lendemain. Cela doit permettre de déconstruire le discours de la majorité et d’aider les électeurs au décryptage du discours du camp d’en face. Et ces « unes » sont en général assez prévisibles pour faciliter le travail des équipes du candidat.

 

Conseil n.3 : Livrer des arguments, tous les jours, à chaque instant, sur tous les sujets. Aucun espace du débat public ne doit être abandonné. Le site de campagne du candidat doit fournir des kits de survie rhétorique pour aider le militant, le volontaire ou le visiteur curieux à nourrir et à muscler son discours.

 

Conseil n.4 : Aider les électeurs de gauche à se souvenir du quinquennat Sarkozy. C’est au candidat de gauche de faire le récit de tout ce qui a été oublié et dissimulé depuis le 6 mai 2007. Rendre cela ludique en publiant une éphéméride qui rappellera que le même jour, en 2007, en 2008 ou en 2009, a eu lieu la révélation d’une affaire mettant en cause un ministre de Nicolas Sarkozy, une énième annonce législative, un déplacement ou une rencontre hasardeuse, un échec international, la déclaration douteuse d’un ministre, etc.

 

Conseil n.5 : Personnaliser le récit de la campagne en cours. Des vidéos courtes, peu montées, qui donnent l’apparence de la spontanéité, pourraient mieux donner à voir les rencontres et les moments imprévus que le candidat vit sur le terrain. Contrôler la former tout en donnant l’impression du naturel, cela manque cruellement au candidat Hollande. C’est cette forme que doit prendre le petit journal de campagne de François Hollande : 59 secondes de vidéo qui justifient qu’on visite chaque jour son site.

 

Conseil n.6 : Faire l’événement et utiliser Internet pour cela. Pourquoi certaines annonces de propositions et certaines interventions ne pourraient-elles pas uniquement avoir lieu sur le site du candidat, en direct, à des moments de flux importants ?

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 17:30

Je disais dans un post précédent qu’Hollande et Aubry présentaient une candidature politiquement neutre. Qu’ils faisaient une campagne de second tour pour le premier tour. Mais quelle campagne pour le second tour alors ? Que font-ils depuis le soir du premier tour ? Arnaud Montebourg, fort de ses 17% de voix, impose son agenda depuis dimanche.

Nous sommes déjà mardi, et Aubry et Hollande n’ont pu que maladroitement tenter de séduire un électorat que l’on suppose « jeune », « indigné », « soucieux de régulation », « en colère », ou encore « favorable au renouvellement ». Ils n’ont pas compris que ce qu’une partie de l’électorat potentiel de ces primaires attendait, c’était de l’audace. "De l’audace !", disait Bertrand Delanoë en 2008, à l’époque où il en faisait encore preuve. Et juste avant de disparaître de la scène, faute d’audace. Justement.

L’entre-deux tours dure une semaine, et Aubry comme Hollande ne semblent plus capables de reprendre la main sur l’agenda, de surprendre, d’oser. Ils vont répondre à Montebourg. Partiellement, forcément. Ils passeront une partie de leur débat à expliquer pourquoi ils reprennent tel aspect à leur compte, et pourquoi en revanche « démondialiser » n’est pas le bon mot. Bref, ils suivront.

Sauf que le génie de l’agenda setting, en France, est actuellement président de la République. Un président de la République qui, s’il n’a compris que trop tard la nécessaire rareté, a en revanche vu très tôt que ce que les Français sont capables de récompenser dans les urnes, c’est autant l’audace de celui qui lance l’idée que la qualité de l’idée elle-même. Autrement, les trois derniers présidents s’appelleraient Mendès-France, Rocard et Delors. Cette audace, aujourd’hui, est incarnée par Arnaud Montebourg, qui n’est pas candidat au second tour des primaires.

Nous sommes mardi, chaque jour perdu vaut de l’or. Tant pis pour le moins audacieux des deux, il remerciera dimanche soir les 47% de votants qui ont l’auront choisi(e) parce qu’ « après tout, il/elle a quand même fait un boulot correct au PS, et puis c’est son tour ». Ce que se seront également dit les électeurs du vainqueur.

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