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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 18:54

Les communicants ont le fâcheux défaut de s’approprier beaucoup des inventions des autres. L’orgueil du conseiller, qui doit se tenir derrière l’homme qu’il conseille (critère intangible d’efficacité), explique les erreurs commises dans certaines stratégies récentes. 

Nicolas Sarkozy, élu président de la République neuf ans après ma mort, s’est appliqué à faire de ses conseillers des relais médiatiques dont l’inopportune présence a affaibli plutôt qu’elle n’a renforcé la parole présidentielle.

Dominique Strauss-Kahn, qui devait laisser dans l’ombre son ambition française lorsqu’il était Directeur général du FMI, a vu la lumière couvrir ses « conseillers » comme pour entretenir une force de dissuasion nucléaire… qui ne lui a finalement pas permis d’éviter le pire.

Un conseiller n’est pas là pour protéger ou pour dissimuler. Il est d’abord là pour conseiller.

 

Et l’un des conseils que Jacques Séguéla et moi avons donnés à François Mitterrand lors de la campagne de 80-81 fut d’incarner cette formule : « la force tranquille ». En majesté sur les affiches de fin de campagne, « la force tranquille » est une signature rare en communication car elle décrit une attitude, une méthode, un chemin… plutôt qu’un objectif ou une ambition. C’est à la limite du positionnement grotesque (« Un président jeune pour une France moderne », Mitterrand en 1965, ou « Une présidente solide pour une France solidaire », Martine Aubry en 2011), mais cela marque un homme et un ton.

 

Cette expression, ni Jacques Séguéla ni moi ne l’avons inventée. C’est François Mitterrand lui-même. Cela explique sans doute son succès : elle collait à l’homme et au sens qu’il souhaitait donner à son élection. François Mitterrand, mon client d’alors chez RSCG, connaissait l’histoire et les grandes permanences. Il se savait plutôt héritier des rois bâtisseurs que de Lénine. Lui-même nous le dira en ces termes au cours du second septennat. A dire vrai, Mitterrand ne croyait pas aux révolutions. Il l’a montré en mai 1968 à ses dépends.

 

La preuve ? La voici. Lors de la soirée électorale du deuxième tour des élections municipales de mars 1977, François Mitterrand dit « éprouver une sorte de force tranquille en [lui-même], qui est exactement l’expression de ce que représente aujourd’hui la gauche en France, c’est-à-dire la force montante, la force majoritaire » (voir l’extrait à 2:10). Les chroniqueurs et les historiens qui depuis trente ans se trompent savent pourtant qu’il ne fallait pas croire sur paroles mon ancien patron Séguéla … même s’ils ont tout à gagner d’une époque où tous parlent, y compris les conseillers qui ne conseillent vraiment personne.

 

http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/I04202210/francois-mitterrand-annonce-l-arrivee-de-la-gauche-au-pouvoir.fr.html

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Published by pilhan2012
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commentaires

Jacques 21/10/2011 18:14


François Mitterrand lui-même s'est inspiré d'un discours de Léon Blum où figurait déjà cette expression.