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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 17:30

Traînant hier soir mon corps de fantôme dans les rues de Paris, j’ai découvert les affiches banales et ambitieuses d’Arnaud Montebourg, collées en série sur les murs d’une grande rue du 11è arrondissement. « La Nouvelle France. Arnaud Montebourg 2012 ». Le front et le regard s’avancent et signent l’ambition du candidat aux primaires. Le sourire dit l’envie et la tendresse. C’est réussi. Cela donne un avant-goût de ce que serait sa campagne s’il était désigné le 16 octobre prochain. « Je ne serai pas candidat ? Voyez quand même ce que ça donnerait ». C’est une affiche de premier tour, c’est donc habile pour un candidat qu’on dit marginal par rapport à Martine Aubry ou à François Hollande.

 

« La Nouvelle France » m’a inévitablement rappelé le titre de l’opus que nous avions écrit pour Jacques Chirac en 1994, cet exercice de contre-programmation visionnaire et anti-balladurienne : « Une Nouvelle France. Réflexions 1 ». Pour Jacques Chirac, il s’agissait de se ré-installer dans la course en rejetant la politique du quotidien au profit d’un discours sur les enjeux des années 1990 et 2000. « Une Nouvelle France », c’était aussi désigner la concurrence implicite d’Edouard Balladur (« lui, c’est la France actuelle… ou celle d’hier »). Le pronom indéfini signifiait l’envie d’entrer dans le débat, et de proposer une vision en attendant que nos concurrents d’alors nous rejoignent.

Le cas d’Arnaud Montebourg est différent. Cette signature marque un adoucissement évident, une re-nationalisation du message par rapport à la « démondialisation » dont il s’est fait le héraut, exercice plus politique et nécessairement idéologique. Il retrouve ici une valeur positive, et viole le spectateur en incarnant cette « Nouvelle France » : c’est pour cela qu’il utilise l’article défini.

Ce qui pêche chez Arnaud Montebourg, c’est qu’en dehors de l’identification à sa candidature, cette « Nouvelle France » a peu de chair. En cela, la « France d’après » de Nicolas Sarkozy était plus efficace : l’idée est naturelle (il y a forcément une France de l’après-Chirac) tandis que celle d’Arnaud Montebourg est construite : si la « Nouvelle France » advient, mais alors de quoi sera-t-elle faite ?  Par ailleurs, cette signature d’Arnaud Montebourg ne désigne pas frontalement sa concurrence, qu’elle soit de gauche ou de droite, et c’est une erreur à ce stade de la campagne.

Bref, c’est l’affiche qui vient trop tôt d’un candidat qui ne sera pas candidat. A l’extrême, elle ressemble à celle du vieux Nicolas Miguet.

 

« La Nouvelle France » d’Arnaud Montebourg est gratuite. Mais elle a un mérite : il était devenu rare que la gauche s’approprie l’expression de toute la France. La transition rapide de l’idéologie à la Nation qu’effectue Arnaud Montebourg est, en accéléré, la transition effectuée par la gauche de 1978 à 1988. Cette signature est précipitée, mais elle sera utile, le jour venu. En politique, on risque trop vite de verser de l’ambition à la prétention. Pour éviter cela, Arnaud Montebourg n’a plus d’autre choix que d’être le candidat défait le plus présent dans la campagne des mois à venir.

Chirac_nouvelle-France.jpgMontebourg_nouvelle-France.jpg

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Published by pilhan2012
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