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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 16:30

J’ai connu Martine Aubry lors du second mandat du président Mitterrand. Je me souviens avoir plusieurs fois proposé son nom lors des remaniements gouvernementaux successifs. Elle appartenait à cette génération qu’a fait progressivement émerger la gauche dans les années 1980 ; une gauche plus gestionnaire que conquérante qui prit cependant d’assaut plusieurs grandes collectivités territoriales. Une gauche plus militante qu’idéologique, que les cercles intellectuels des décennies précédentes ne formaient déjà plus. Une génération immergée dès sa naissance dans la télévision, facilitant ainsi leur appréhension de l’outil.

 

Quelle campagne Martine Aubry a-t-elle menée depuis le 28 juin pour se voir désigner candidate à l’élection présidentielle ?

Martine Aubry a confondu la ligne politique et la posture. Etre une « présidente solide », c’est une posture, pas une ligne politique. Cela s’affirme par des signes (le signifiant : un ton, une image, une voix, une démarche, etc.) et non par le discours (le signifié : les messages, etc.).

Martine Aubry a tenté de faire une campagne de volume plutôt que d’influence. Faire du volume, c’est penser qu’il faut toucher un large public, au même moment, de manière uniforme et sans nuisance pour se faire entendre. Faire une campagne d’influence, c’est faire parler les autres et activer les réseaux, parler message par message pour saturer le temps d’attention disponible, parler pour faire parler et réagir, faire l’agenda et la « une » plutôt qu’une pleine page sous la forme d’une tribune dans « Le Monde » le 15 août.

Martine Aubry est une femme politique « généraliste » ; c’est une marque de maturité et de responsabilité. Elle n’est pas une technicienne, ni une spécialiste. Mais elle n’en a tiré aucun avantage pour imposer dans la campagne le profil-étalon de l’expérience, du savoir-faire et de la vision face à François Hollande. Cela l’a neutralisée sur sa ligne politique, attaquée à gauche par Arnaud Montebourg. Cela l’a banalisée sur la posture, l’idée d’une « présidence normale et morale » étant finalement plus appuyée que celui d’une présidence tout court.

 

Martine Aubry manque donc de différenciation. Cela a fait son succès en novembre 2008 lorsqu’il s’est agi de reprendre contre Ségolène Royal la direction du Parti socialiste avec le soutien d’une coalition si hétéroclite. C’est un net défaut lorsqu’il s’agit de candidater à l’élection présidentielle. Martine Aubry gère son audience comme un capital fini : en perdre le minimum jusqu’à la ligne d’arrivée. Elle rappelle en cela Edouard Balladur en 1994-95, ou François Bayrou après 2007.

Aucun président n’a été élu sous la Cinquième République sans avoir conquis. Cela vaut jusqu’aux primaires pour Martine Aubry. Cela pourrait valoir dès le lendemain pour François Hollande.

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Published by pilhan2012
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