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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 22:06

La « bonne question pour comprendre le vote du premier tour » (mon post de mercredi dernier) a en partie révélé ses effets. Le 9 octobre, un nombre d’électeurs plus important que prévu ont abandonné l’idée d’un vote de confirmation au profit d’un vote idéologique (le choix d’une ligne politique). Le vote d’adhésion massif à Arnaud Montebourg achève de prouver une vérité : lorsque les électeurs aspirent à un changement radical de leur environnement, une élection se gagne dans son camp, pas dans celui d’en face. C’est François Mitterrand en 1981, c’est Nicolas Sarkozy en 2007 et Barack Obama en 2008.

Arnaud Montebourg, en déroulant une campagne de conquête, armée sur une idée matricielle qu’il a déployée dans tous les thèmes de politique publique (la transformation sociale par la démondialisation de la France), a fait une campagne-type : puissance de la ligne politique, écriture médiatique intense, constance.

Manuel Valls, dont le succès est nettement moindre, a fait une campagne similaire à une différence près : il n’a pas été capable de déployer une idée matricielle unique autour de propositions cohérentes. En matière sociale et économique, il a choisi la rigueur. En matière sociétale, le libéralisme. En matière étatique, l’ordre. Sa campagne a incarné une ligne politique clairement identifiée dans le champ politique, mais elle a manqué d’unité.

Ce premier tour confirme notre intuition de la semaine dernière : les Français sollicitent plus la radicalité que la compétence, ils rejettent le système et ses protagonistes habituels, et impriment puissamment dans leur mémoire électorale les grands scrutins récents (notamment le « non » au référendum européen en 2005). Cela se traduira de la même manière l’an prochain à une bien plus grande échelle.

 

Comme je le disais le 5 octobre dernier, François Hollande a choisi de déraciner les vingt derniers jours de sa campagne : ni en conquête, ni en débat, ni en construction de l’agenda, le candidat ne s’est pas laissé la possibilité de banaliser ses concurrents ni d’attirer vers lui tous les suffrages prévus. Il lui manque au final environ ces 8 à 10 points qui devaient l’installer dans une configuration très haute au premier tour. C’est un échec. L’appel au vote utile, et l’assurance de ses lieutenants qui ont préconisé l’abandon du second tour constituent des erreurs stratégiques majeures… et des indices.

Un indice de la faiblesse du candidat Hollande, investi le 16 octobre, face à Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’agira d’entrer en empathie et en ambition avec l’idée que chaque électeur se fait de la France.

Un indice de la peur de confronter son capital initial de voix au rabot de la campagne. Et pourtant, dès fin janvier 2012, les estimations du second tour commenceront à s’équilibrer parfaitement face à Nicolas Sarkozy.

Un indice, au final, de la distorsion entre la temporalité de sa campagne avec celle de Nicolas Sarkozy.

 

On a comparé François Hollande à Edouard Balladur. C’était erroné, car Hollande reste dans la situation du challenger-favori à Sarkozy, et non dans celui de l’installé-favori. Mais l’homme me rappelle Jacques Chirac au lendemain de son premier tour victorieux face à Edouard Balladur en 1995. L’immédiat retrait du candidat et sa volonté se suspendre la campagne m’avaient frappé. Et averti pour la suite.

Pour éviter de perdre cette avance déterminante et s’assurer un second tour de surclassement dimanche prochain, François Hollande devra reprendre la campagne dès lundi. Le drame, tant pour lui que pour l’efficacité générale recherchée dans l’organisation de ces primaires, serait que le candidat victorieux le 16 octobre obtienne moins de 10 points d’avance sur son adversaire. Cette hypothèse se présente nettement ce soir.

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Published by pilhan2012
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